"Le mariage, la famille, le travail, les méandres de la vie sociale, tout.
J'ai tout traversé tête baissée et mâchoire serrées. Tout appréhendé avec défiance. D'ailleurs je suis, enfin j'étais, bon au squash et ce n'est pas un hasard; j'aimais me sentir enfermé dans une pièce trop petite et cogner le plus fort possible dans une balle pour qu'elle me revienne dans le bras comme un boulet de canon. J'adorais ça.
" Toi tu aimes le squash et moi, le Jokari, tout est là...", avait résumé Mathilde un soir alors qu'elle massait mon épaule endolorie.
Elle s'était tue un moment et avait ajouté: "Tu devrais réfléchir à ce que je viens de dire, ce n'est pas bête du tout. Les gens qui sont rigides à l'intérieur rebondissent sur la vie en se faisant tout le temps mal, alors que les gens mous... non, pas les gens mous, mais souples plutôt, oui, c'est ça, souples à l'intérieur, eh bien, quand ils prennent des chocs, ils souffrent moins...
Je crois que tu devrais te mettre au Jokari, c'est beaucoup plus amusant. Tu tapes dans la balle, tu ne sais pas ou elle reviendra, mais tu sais qu'elle reviendra à cause de la ficelle et ça, c'est un suspense délicieux . Moi tu vois, par exemple, eh bien j'ai souvent cette impression...
Que je suis ta balle de Jokari..."
Anna Galvada,Je l'aimais